«L’Or, une valeur refuge mais très volatile »

Interview de David Gandar dans le Républicain Lorrain

Le Républicain Lorrain : Comment expliquez-vous cette ruée vers l'or en période de crise ?

David GANDAR : « Depuis 1971 et l'abandon de l'étalon or, de la parité de l'or et du dollar, on a pu mesurer son extrême volatilité. Le pic a été atteint dans les années 80 quand l'once d'or (près de 30 g) valait dans les 850 dollars.

En euros constants, ça ferait 2 400 dollars l'once aujourd'hui. L'or reste un placement très volatil. Il existe aujourd'hui dix fois plus de produits dérivés sur l'or, qui vont amplifier le marché à la hausse ou à la baisse, que de l'or physique. Il y a plus de produits dérivés indexés sur l'or qu'il n'y a d'or. C'est un peu comme la dette grecque. C'est ce qui fait varier les cours. C'est un marché beaucoup plus volatil que le marché actions. »

 

Le Républicain Lorrain : Pourquoi les gens qui en ont les moyens achètent de l'or ?

« L'or cristallise la peur des gens dans les systèmes bancaires et dans les monnaies en général. Et quand ces systèmes subissent des pressions comme on le voit en ce moment, l'or va attirer comme valeur refuge. Le problème, c'est que compte tenu de son niveau aujourd'hui, à 1 750 dollars l'once, j'ai envie de dire que c'était un bon conseil il y a cinq ans. Le potentiel de hausse est très limité, le potentiel de baisse est énorme. Je conseillerai de profiter de cette euphorie sur le métal jaune pour le vendre et prendre les bénéfices. De là à conseiller d'en acheter… Certes ça peut encore monter, mais ce sera ponctuel. Quand l'ensemble de la finance mondiale aura réglé ses problèmes, le niveau de l'or va immédiatement baisser de manière conséquente. Oui, il faut acheter de l'or si vous êtes sûrs, aujourd'hui, que la zone euro va éclater ! »

 

Le Républicain Lorrain : Qui achète ?

« L'or permet de se rassurer quand on envisage des scénarios catastrophe. Quand bien même ces catastrophes interviendraient, que feront-ils de leur or ? Vous allez l'échanger contre quoi ? Des gens nous demandent régulièrement s'il faut choisir ce type de placement parce que tout le monde en parle. Ceux qui achètent sont souvent des personnes âgées, pour leur bas de laine, et des investisseurs, pour diversifier leur patrimoine. Ils achètent des matières premières et systématiquement tout ce qui monte. Vous savez qu'il existe même des distributeurs d'or. J'en ai vu à Abu Dhabi dans le hall d'entrée d'un hôtel, l'Emirates Palace. Nous disons à nos clients de ne pas paniquer. On oriente les gens vers des actifs réels. Il s'agit des actions, des obligations d'entreprise, des choses que les gens comprennent. Le marché actions sur du long terme reste un bon placement. Mais, c'est vrai que les gens sont un peu échaudés, seuls 9 % d'entre eux veulent encore investir en bourse. On peut les comprendre, sur ces dix dernières années, ils n'ont fait que perdre. »

 

Propos recueillis par Bernard KRATZ.